Adaptacja: invitation to Stereo gallery, with Piotr Bury Lakomy, Jakub Czyszczon, Ant Lakomsk, Gizela Mickiewicz
+ Dans la chambre d'ami.e.s: Roy Köhnke, All as Usual, Bright and Beautiful
22.01.2026 - 07.03.2026, vernissage 22.01.2026
Lorsque nous nous sommes rendues à la galerie Stereo à Varsovie en avril 2025 pour le montage et l’ouverture de l’exposition « light situation » de Laura Lamiel, nous avons baigné dans un rapport au travail et à l’art auquel nous aimons participer : souplesse et facilité d’échanges, rapidité à parler d’art sans platitude et avec humour. Nous connaissons Michal et Zuzanna depuis nos premières participations communes à la foire de Liste à Bâle : la communauté d’esprit qui nous lie est précieuse. C’est une joie de les inviter à notre tour à partager les démarches de quatre artistes qu'iels accompagnent.
-MA
Dès le début de notre réflexion sur ce projet, nous savions que nous souhaitions adapter notre profil et ses caractéristiques à celui de nos hôtes. Marcelle Alix est notre pair : fondée à peu près à la même période, la galerie a développé un programme singulier reposant sur des centres d’intérêt partagés. Mais plutôt que de chercher des similitudes ou des différences, nous avons supposé qu’elles émergeraient naturellement. Cependant, au moment de concevoir l’exposition, nous avons dû prendre du recul et regarder notre propre programme depuis un point de vue extérieur — pour ainsi dire — et le voir comme une main que l’on glisserait dans le gant de quelqu’un d’autre. Cette image constitue la toile de fond de l’exposition.
Le terme « adaptation », qui lui donne son titre, appartient au vocabulaire de nombreux domaines : la nature, la technologie, l’art et la psychologie. Sans être nécessairement un objet de recherche, ce mot peut servir de modèle d’attitude, en particulier dans le monde instable dans lequel nous vivons. Ce fut une sorte de révélation lorsque nous avons constaté que les œuvres sélectionnées pour l’exposition pouvaient toutes être envisagées sous cet angle : elles contiennent, de manière inhérente, ce concept par fragments et reflètent la difficulté d’un tel processus.
Grand U. Une fusion d’éléments naturels et de déchets civilisationnels émergeant du béton. Un objet tridimensionnel déployé comme une carte. Nid d’abeilles en aluminium. Nid d’insecte équipé d’une ampoule. Un bras sans main. Une figure en forme d’arbre. Le costume de Zoe. La fusion d’une feuille sèche dans la peinture. Des étendues vermillon. Les arbres ont des yeux. Ce que vous cherchez se situera toujours au-delà de l’image. Des empreintes digitales par milliers. Toutes ne sont pas les vôtres.
Zuzanna Hadrys & Michal Lasota
Stereo, Warsaw
Piotr Bury Lakomy (né en 1983) vit à Poznan. Il est diplômé de l’atelier Leszek Knaflewski à l’Institut des beaux-arts de l’Université de Zielona Góra. Parmi ses récentes expositions personnelles figurent : CAC, Vilnius (2025), Stereo, Varsovie (2024), The Sunday Painter, Londres (2022). Son travail a été présenté notamment au Musée d’Art Moderne de Varsovie, à la Fondation Cartier à Paris, à la CASS Sculpture Foundation dans le West Sussex et chez Fahrenheit à Los Angeles.
Jakub Czyszczon (né en 1983) vit à Poznan. Il est diplômé de l’Académie des beaux-arts de Poznan. Parmi ses récentes expositions personnelles figurent : Stereo, Varsovie (2025), Piekary, Poznan (2024), Ermes-Ermes, Rome (2022). Il a également participé à des expositions collectives, notamment chez Swallow, Vilnius, June à Berlin, eastcontemporary à Milan, Stefan Gierowski, entre autres.
Ant Lakomsk (née en 2001) vit à Varsovie. Elle est diplômée de l’Académie des beaux-arts de Varsovie. Ses œuvres ont récemment été présentées dans de nombreuses expositions collectives, notamment à la Galerie nationale d’art Zacheta à Varsovie, au MOCAK à Cracovie, chez François Ghebaly à Los Angeles, ZERO à Milan et Bernheim à Zurich entre autres.
Gizela Mickiewicz (née en 1984) vit à Varsovie. Elle est diplômée de l’Académie des beaux-arts de Poznan. Parmi ses récentes expositions personnelles figurent : Coulisse, Stockholm (2025), Lucas Hirsch, Düsseldorf (2024), Stereo, Varsovie (2022). Ses œuvres ont également été présentées dans des expositions collectives au Muzeum Sztuki de Lodz, au Musée d’Art Moderne de Varsovie, chez Lovay Fine Arts à Genève, Bureau à New York, CAC Kim à Riga, CAC à Vilnius, au Bunkier Sztuki à Cracovie, à la Kunsthalle Bratislava ainsi qu’à la Galerie nationale d’art Zacheta à Varsovie.
When we traveled to the Stereo gallery in Warsaw in April 2025 for the installation and opening of Laura Lamiel’s exhibition "Light Situation", we found ourselves immersed in a way of working—and of being with art—that we hold dear: a supple, generous circulation of ideas, a readiness to speak about art swiftly, without platitudes, and always with wit. We have known Michal and Zuzanna since our earliest shared participations at the Liste fair in Basel; the kinship of mind that unites us is rare and invaluable. It is a joy, now, to invite them to share the approaches of four artists with us.
-MA
From the outset of our work on this project, we knew that we wanted to adapt our profile and its features to suit our hosts' format. Marcelle Alix is our peer; it was founded around the same time and has developed a distinctive programme based on shared interests. But instead of looking for similarities and differences, we assumed these would emerge naturally. However, when developing the exhibition, we had to view our own programme from an external perspective — figuratively speaking — to see it as a hand that we would put into someone else's glove. This image sets the backdrop to the exhibition's concept.
The titular term "adaptation" belongs to the vocabulary of various fields, including nature, technology, art and psychology. While it may not necessarily be a subject of research, it can serve as a model of attitude, particularly in such an unstable world we live in. It was somewhat of a revelation when we noticed that the artworks selected for the exhibition could be viewed from this perspective, in that they all inherently contain chips of the overall concept and reflect the intensity of the adaptation process.
Capital U. A fusion of natural elements with civilisational waste growing out of concrete. A three-dimensional object spread out like a map. Aluminum honeycomb. An insect nest equipped with a light bulb. Handless arm. A tree-shaped figure. Zoe's suit. A dry leaf the color of oil paint. Vermilion puddles. Trees have eyes. What you are looking for is beyond the image. Fingerprints everywhere. Not all of them are yours.
Zuzanna Hadrys & Michal Lasota
Stereo, Warsaw
Piotr Bury Lakomy (b.1983), lives and works in Poznan. Graduated at the studio of Professor Leszek Knaflewski in the Institute of Fine Arts, University of Zielona Góra. Recent solo shows include: CAC, Vilnius (2025); Stereo, Warsaw (2024); The Sunday Painter, London (2022). His works have been presented in the Museum of Modern Art in Warsaw, Fondation Cartier in Paris, CASS Sculpture Foundation in West Sussex and Fahrenheit in Los Angeles, among others.
Jakub Czyszczon (b.1983), lives and works in Poznan. Graduated at the Academy of Fine Arts in Poznan. Recent solo shows include: Stereo, Warsaw (2025); Piekary, Poznan (2024); Ermes-Ermes, Rome (2022). Group exhibitions include: Swallow, Vilnius, June, Berlin, eastcontemporary, Milan; Stefan Gierowski, among others.
Ant Lakomsk (b.2001), lives and works in Warsaw. Graduated at the Academy of Fine Arts in Warsaw. Recently her works have been presented at numerous group exhibitions: Zacheta National Gallery of Art, Warsaw, MOCAK, Krakow; François Ghebaly, Los Angeles, ZERO, Milan; Bernheim, Zurich, among others.
Gizela Mickiewicz (b.1984), lives and works in Warsaw. Graduated at the Academy of Fine Arts in Poznan. Recent solo shows include: Coulisse, Stockholm (2025), Lucas Hirsch, Duesseldorf (2024), Stereo, Warsaw (2022). Group exhibitions include: Muzeum Sztuki, Lodz; Museum of Modern Art in Warsaw; Lovay Fine Arts, Geneva; Bureau, New York; CAC Kim?, Riga; CAC, Vilnius; Bunkier Sztuki, Cracow; Kunsthalle Bratislava; Zacheta National Gallery of Art, Warsaw.
+ Dans la chambre d'ami.e.s: Roy Köhnke, All as Usual, Bright and Beautiful
Nous avons été impressionnées par la précision des pièces de Roy Köhnke présentées au Crédac en 2025, ainsi que par leur mise en espace. Les échelles variaient, mais toujours la rigueur et une certaine souplesse dans l’improvisation installaient une connivence. L’espace que nous proposons à Roy à la galerie est l’occasion de prolonger l’expérience de son rapport au dessin, lequel est très directement lié aux corps et aux messages personnels et intimes que ceux-ci portent jusqu’à l’espace public, comme un geste de renversement. Les storyboards des vestes en cuir que Roy customise racontent l’effort de reconstruction de toute la logique des liens qui sont vitaux et l’espoir que ça passe comme rien ne passe dans la vie, sauf la vie elle-même.
IA : Il y a quelque chose de fragile et de tendre dans ce que tu as choisi de montrer « dans la chambre d’ami·es » de Marcelle Alix, Roy. Si ces nouvelles œuvres rejoignent les dessins que nous avions découverts au Crédac en début d’année dernière, tu as gravé ici du carton ou du papier fait main que tu réalises en assemblant différents types de feuilles, comme des peaux d’épaisseurs assorties sur lesquelles apparaissent des tatouages (PDA (Public Display of Affection) Jacket #2_+2LARM4U (paper skin version), Working Table, TRANS_ RIOT_). A ces expressions à l’intensité affective extrême, s’ajoutent les messages simples de planches de stickers trouvées dans le commerce à Pékin, où tu résidais ces deux derniers mois (Chanting Stickers Series). Ces planches sont caviardées afin de ne faire apparaître que quelques mots et ‘plantées’ dans le papier avec une épingle ornée d’un papillon. A la galerie, nous sommes sensibles aux gestes qui accompagnent la réalisation des œuvres et si j’évoque la tendresse, c’est que je vois dans ces pièces un soin qui me rappelle à la fois l’attention apportée par Gyan Panchal à la logique des matériaux trouvés qui composent sa pratique de la sculpture et l’infinie affection que Donna Gottschalk porte aux personnes qu’elle aime photographier. Je ne sais pas si tu connais suffisamment ces deux artistes pour comprendre ce que j’essaie de dire, et peut-être que cela revient simplement à évoquer l’idée de justesse. En tant qu’artiste, comment être juste avec les matériaux, avec les participant·es à une œuvre ?
RK : C’est une question difficile mais je pense pouvoir trouver la réponse dans les relations d’intimité que je développe avec les matières. C’est à leur contact, dans une forme de proximité prolongée, que mes gestes s’ajustent. Je ressens de la justesse lorsque j’arrive à les faire vibrer et qu’elles donnent corps aux émotions qui me traversent, et pour arriver à cela je travaille essentiellement dans l’épaisseur. Mes projets se composent de multiples « couches » que l’on peut traverser. Des couches matérielles mais aussi des couches de sens, d’histoires. Par exemple, les Chanting Stickers s’apparentent à une série de pages qui renvoient elles-mêmes à des pages de carnets de notes ou de dessins mais aussi à des corps marqués. Chaque page a été fabriquée en superposant plusieurs couches de papiers. La combinaison de leurs différentes caractéristiques (couleurs, transparences, textures) me permet d’obtenir une profondeur et une complexité dans la matière. Mais les « couches » ne s’arrêtent pas là, car chaque page porte aussi un court texte composé par le retrait et le réagencement de mots sur une planche de stickers ainsi que d’autres gravés dans son épaisseur. Du fait du geste de pose et non de collage, la composition des pages n’est pas immuable et reste ouverte à une possibilité d’évolution, de transformation. Certains textes fonctionnent comme de courtes histoires où les mots eux-mêmes sont personnifiés comme Miracle, Future, Miss Liberty, Anonymous… D’autres ont une adresse plus directe. Les mots s’encouragent, se réconfortent mais aussi parfois s’absentent pour laisser place aux larmes. Mais qu’iels manquent ou qu’iels faiblissent, les mots se portent touxtes ici à même la peau comme autant de marques d’amour et d’attention qui s'archivent au plus près des corps et nous encouragent à faire lien, à être lien, à être Trans, c’est-à-dire, comme le définit si bien le CNRTL, à être un élément formant.
CB : Say something… la nuit tombe sur ces trois points de suspension, tout comme la solitude et l’attente pèsent sur le sentiment amoureux quand ça tourne court. Il y a aussi, au détour de l’éclipse sentimentale, la nuit véritable qui enveloppe cette personne que l’on voit marcher de dos dans l’espace public, un papillon lumineux reflété sur son T-shirt oversize. Si cette capture d’écran a été le point de départ de ton processus artistique, Roy, l’image a ensuite trouvé sa place entre nous en servant de couverture au book que tu as régulièrement actualisé. Tu sembles te reconnaître dans l’idée euphorisante de recomposer, avec le risque d’une grande porosité entre la chair et les matières. Cette image est le statement d’une exposition qui repose en partie sur des récits intimes librement introduits (par la customisation de l’incontournable blouson perfecto) dans l’espace public. Tes œuvres désirent une vie agrandie en multipliant les adresses attentionnées aux personnes transgenres. Tels des bris de discours qui cherchent des temps forts, tu joues avec la candeur des stickers, te laisses atteindre par leurs encouragements gratuits et trouves une place de parole audacieuse au sein d’un contexte de résidence où la censure est inflexible et omniprésente. Comme tu le dis, tu « épaissis » , puis tu fais mûrir et presses jusqu’à provoquer une réponse de l’organisme des êtres à une situation, tels ces doigts cartoonesques qui pressent cet œil afin qu'il pleure, éteigne le feu et sauve la fleur. Est-ce que ça va de plus en plus mal ? Est-ce que tes œuvres pleurent des larmes en plastique pour nous touxtes ? Les patrons ornés de tes vestes font s’embraser un feu derrière lequel tu vois la vertu, et non pas la destruction. Et pour que ce feu devienne véritable, tu te frottes à des mots qu’aucun sticker ne t’offre. Des mots déjà épais comme « TRANS » et « RIOT », qui appellent au soulèvement d'une communauté. Tu dis que tu as pu écrire le mot « RIOT » parce que l'artiste Christopher Wool l’a fait avant toi dans une peinture à la vente record. Tu souris en évoquant un monde qui se retourne encore et encore. Tout comme « Riot Flower », que tu donnes en exemple pour ouvrir du sens, tu signes l’image du nombre, uni par la diversité.
Roy Köhnke (1990, France) est un artiste qui vit à Paris. La sculpture constitue la base de sa pratique qui se prolonge par le dessin, l’écriture et la vidéo. Se nourrissant des études queer et de la science-fiction, Köhnke cherche à proposer des alternatives aux récits dominants qui restreignent les corps et leurs vécus. Après ses études à l'École des beaux-arts de Nantes et de Paris, son travail a été présenté dans diverses expositions individuelles : Fleur Feu, Crédac, Ivry (2025), La Belle sucette au Grand Café, Saint Nazaire, It is stronger than I thought, ADAGP, Paris (2024) Love Bugs as a Spit on Dry Land au SHED, Rouen (2023) et collectives : Publiek Park, Plantenium Meise, Bruxelles, Eprouver l'inconnu, MO.CO, Montpellier (2025), F(r)ictions of Intimacy, CALM, Lausanne, TRANS*GALACTIQUE à la Gaité Lyrique (2024), Antéfutur au CAPC de Bordeaux (2023). Son projet Magnetic Tendencies a récemment été soutenu par la Fondation des Artistes (2025). Son travail fait partie des collections du Frac Normandie Caen, du CAPC Bordeaux, du Frac Nouvelle Acquitaine Bordeaux, de Lafayette Anticipation, du Frac Artothèque Nouvelle Aquitaine Limoges.
We were impressed by the precision of Roy Köhnke’s works presented at Crédac in 2025, as well as by their spatial installation. Scales varied, yet rigor and a certain flexibility in improvisation consistently established a sense of complicity. The space we are offering Roy at the gallery provides an opportunity to extend the experience of his relationship to drawing, which is very directly connected to bodies and to the personal and intimate messages they carry into public space, as a gesture of reversal. The storyboards of the leather jackets that Roy customizes narrate the effort of reconstructing the entire logic of bonds that are vital, and the hope that things might pass as nothing ever does in life—except life itself.
IA: There is something fragile and tender in what you have chosen to show « dans la chambre d’ami·es [in the guest room] » at Marcelle Alix, Roy. While these new works connect with the drawings we discovered at Crédac at the beginning of last year, here you have engraved cardboard or handmade paper that you produce by assembling different kinds of sheets, like skins of matching thicknesses, on which tattoos appear (PDA (Public Display of Affection) Jacket #2_+2LARM4U (paper skin version), Working Table, TRANS_ RIOT_). To these expressions of extreme affective intensity are added the simple messages of commercially produced sticker sheets found in Beijing, where you were in residence over the past two months (Chanting Stickers Series). These sheets are redacted so that only a few words remain visible, and are “planted” into the paper with a pin adorned with a butterfly. At the gallery, we are attentive to the gestures that accompany the making of works, and if I evoke tenderness, it is because I see in these pieces a form of care that reminds me both of the attention Gyan Panchal gives to the logic of found materials in his sculptural practice, and of the infinite affection Donna Gottschalk brings to the people she loves to photograph. I don’t know whether you are familiar enough with these two artists to grasp what I am trying to say, and perhaps it simply comes down to the idea of fairness. As an artist, how is one fair—with materials, with the participants in a work?
RK: It is a difficult question, but I think I can find the answer in the intimate relationship I develop with materials. It is through contact with them, in a form of prolonged closeness, that my gestures become attuned. I feel a sense of fairness when I manage to make them vibrate and when they give form to the emotions that pass through me, and to achieve this I work primarily in thickness. My projects are composed of multiple “layers” that can be traversed: material layers, but also layers of meaning and of stories. For example, the Chanting Stickers resemble a series of pages that in turn refer to notebook or sketchbook pages, but also to marked bodies. Each page is made by superimposing several layers of paper. The combination of their different characteristics (colors, transparencies, textures) allows me to achieve depth and complexity in the material. But the “layers” do not stop there, because each page also carries a short text composed through the removal and rearrangement of words from a sticker sheet, as well as others engraved into its thickness. Because of the gesture of placing rather than gluing, the composition of the pages is not immutable and remains open to the possibility of evolution and transformation. Some texts function like short stories in which the words themselves are personified—Miracle, Future, Miss Liberty, Anonymous… Others are more directly addressed. Words encourage and comfort one another, but sometimes they also withdraw to make room for tears. Yet whether they are missing or faltering, words are all carried here directly on the skin, like marks of love and care that are archived as close as possible to bodies and encourage us to form bonds, to be bonds, to be Trans—that is, as the CNRTL defines it so well, to be a formative element.
CB: Say something… Night falls over these three suspension points, just as solitude and waiting weigh upon the feeling of love when it comes to an abrupt end. There is also, in the wake of an emotional eclipse, real night enveloping the person we see walking away in public space, a luminous butterfly reflected on their oversized T-shirt. If this screenshot was the starting point of your artistic process, Roy, the image later found its place between us by serving as the cover of the portfolio you regularly updated. You seem to recognize yourself in the euphoric idea of recomposing, with the risk of great porosity between flesh and materials. This image acts as the statement of an exhibition that rests in part on intimate narratives freely introduced (through the customization of the iconic leather biker jacket) into public space. Your works desire an expanded life, multiplying attentive addresses to transgender people. Like fragments of discourse searching for moments of intensity, you play with the candor of stickers, allow yourself to be affected by their gratuitous encouragements, and find a bold space of speech within a residency context where censorship is inflexible and omnipresent. As you say, you “thicken,” then allow things to mature and press until provoking a response from the organism of beings confronted with a situation—like those cartoonish fingers pressing on an eye so that it may cry, extinguish the fire, and save the flower. Is it getting worse and worse? Do your works cry plastic tears for all of us? The patterns adorning your jackets ignite a fire behind which you see virtue rather than destruction. And for this fire to become real, you rub up against words that no sticker offers you—words already thick, like “TRANS” and “RIOT,” which call for the uprising of a community. You say you were able to write the word “RIOT” because artist Christopher Wool did it before you in a painting that reached a record sale price. You smile as you evoke a world that keeps turning over and over. Just like Riot Flower, which you cite as an example to open up meaning, you sign the image of number, united through diversity.
Roy Köhnke (b. 1990, France) is an artist living and working in Paris. Sculpture forms the core of his practice, which extends into drawing, writing, and video. Drawing on queer studies and science fiction, Köhnke seeks to propose alternatives to dominant narratives that constrain bodies and lived experiences. After studying at the École des Beaux-Arts in Nantes and Paris, his work has been presented in several solo exhibitions, including Fleur Feu, Crédac, Ivry (2025); La Belle sucette at Le Grand Café, Saint-Nazaire; It Is Stronger Than I Thought, ADAGP, Paris (2024); and Love Bugs as a Spit on Dry Land at SHED, Rouen (2023). His work has also been shown in group exhibitions such as Publiek Park, Plantenium Meise, Brussels; Éprouver l’inconnu, MO.CO, Montpellier (2025); F(r)ictions of Intimacy, CALM, Lausanne; TRANSGALACTIQUE* at La Gaîté Lyrique (2024); and Antéfutur at CAPC Bordeaux (2023). His project Magnetic Tendencies was recently supported by Fondation des Artistes (2025). His work is part of the collections of FRAC Normandie Caen, CAPC Bordeaux, FRAC Nouvelle-Aquitaine, Lafayette Anticipations, and FRAC Artothèque Nouvelle-Aquitaine Limoges.