Marcelle Alix Marcelle Alix
La galerie

About Marcelle Alix
(en français ci-dessous)

Isabelle Alfonsi : To start our conversation off, I'd like us to explore the question of the fragment, as opposed to that of the line or direction. We're at a particular juncture at the moment, and since we often find ourselves wondering what 'direction' our gallery will take, it occurred to me to contest this notion of direction, straightness, rectitude. In my conception of it, a gallery is in fact quite the opposite: it's more like a fragmentary and / or rhizomatic 'spirit'. There are no concretes; no syntheses, no hierarchies.

Cécilia Becanovic : Yes, I like the idea of the fragment being our 'direction' - for the time being, at least. The question of direction is an awkward one, yet it's always there. How do you define a project clearly? An object that's not yet formed? If what underlines the notion of direction is the unity and coherence of a specific agenda, then we're probably raising the question too early. But it does force us formulate our ideas: to open a gallery is to decide upon an axis, a point of view, an atmosphere, a particular climate. What I do know is that for me the gallery is a way to carry on the work I've been doing as an independent curator: to keep supporting the artists I believe in, to collaborate with them, follow their progress, to exhibit the works that I like, to find ways of talking about them, and of inspiring other people to come and see them. Equally important is this conversation, this dialogue we're having. Discussing every aspect of the project, making the most of every opportunity to move forward, to make decisions, to take action, to make things happen. Some things do have to be set down at the outset, but we could decide to give in to that indispensable component that is the unforeseeable; we could let our jumble of hopes and preoccupations forge our path for us; why don't we wait and see where our respective tastes and experiences lead us, what kind of fantasies they generate in our image? The gallery's first show focuses on the practice of a number of women artists that we both admire. That's something that we have in common, it's something that's very important to you. And yet it's not our only goal, it's not the only point we want to make; we also want to show international artists who've received recognition abroad but not yet in France...

IA : You're right; I think we can already identify some of our shared interests. That's how you forge a "direction"... But in my view what we're actually doing has to do with a certain 'spirit'. It seems to me that it's this 'spirit' that we're attempting to define with our first project: the spirit of the gallery. Let's try to resist coming up with ready-made answers.... There was that journalist who wanted me to tell her what 'kind of art' we were planning to show, who tried to get me to summarize all of our ideas and work of the artists we support in a single term. I felt that she was asking me do the work of an art critic: to give a name to what we're doing. But when you're still in the 'making' phase it's very difficult to define whatever it is. Maybe we'll be able to put a name to it after the fact. We both value the work of the critic or the curator, but it's impossible to adopt a critical stance in relation to our own work: our role is more like that of a creator. And that's what excites me about our project; that's what made me decide to open a new gallery: the possibility of creating. Clearly, we don't think of ourselves as artists, but that possibility of creating is only the true freedom and unqualified pleasure that I really know of. To be able to share that pleasure with the artists we support is, I think, a very good foundation for a gallery. The desire... the determination not to follow a straight path, to take any number of detours in order to keep that desire alive, to proceed in a spiral rather than a linear fashion. For me, all of this has to do with to the issues that surround the question of feminism: to be constantly questioning the place we're 'naturally' supposed to be heading towards. To go backwards as well as forwards. To not always have an answer for everything.

CB: This idea of taking the fragment as the point of entry into our inaugural exhibition allows us to reflect on how we're setting up the project: so the template for the gallery is a singular object, one that will emerge slowly, in stages. One key moment was the performance by Louise Hervé et Chloé Maillet on Sept 9, 2009 in Belleville, which coincided with the precise moment that the gallery came into being in a very lovely way. They were at once accomplices, guides, and storytellers proposing the very first elements of a story, of a context - to the point where they even quite literally acted out the opening of the gallery's doors to its first visitors. What we have to do now is build an entire structure capable of functioning and existing.

Paris, November 2009.

(translation: Kate Briggs)

 

A propos de Marcelle Alix

Isabelle Alfonsi : Pour commencer nos échanges, je voulais évoquer avec toi cette question du fragment par rapport à la ligne. Puisque justement, nous sommes dans un moment particulier, celui où l'on nous demande souvent quelle sera la « ligne » de notre galerie, il m'est naturellement venu à l'esprit de réfuter cette idée de ligne, de rectitude, de droiture. Au contraire, il me semble qu'une galerie, c'est plutôt un « esprit » sous forme fragmentaire et/ou rhizomatique. Bref, du mou, pas du dur, des ensembles, pas des hiérarchies.

Cécilia Becanovic : Oui, temporairement, l'hypothèse selon laquelle notre ligne serait le fragment me plaît. Pourtant, cette question de ligne est aussi présente qu'embarrassante. Comment définir clairement un projet? Un objet en devenir? Si la ligne sous-entend à la fois l'unité et la continuité d'une programmation, cette question arrive sans doute trop tôt. Mais cela nous oblige à formuler des idées : ouvrir une galerie, c'est se choisir des axes, des points de vue, une atmosphère, un climat particulier.  Ce que je sais déjà, c'est que la galerie est une manière de continuer le travail que je mène en tant que commissaire d'exposition indépendante: soutenir des artistes auxquels je crois, travailler en étroite collaboration avec eux, les suivre, montrer ce que j'aime, savoir en parler, donner envie. Un autre axe tout aussi important, c'est ce dialogue que l'on a ouvert ensemble, toi et moi. Discutant de chaque chose, profitant de chaque moment pour avancer, décider, agir, réaliser.  Certaines choses doivent être posées, mais existons avec l'indispensable part d'imprévu, laissons nos espérances ou nos obsessions confuses faire leur chemin, et voyons comment nos goûts et nos expériences respectives nous guident et forgent des fantaisies qui nous ressemblent. Notre première exposition met l'accent sur la pratique de plusieurs femmes artistes que nous admirons toutes deux. C'est quelque chose sur lequel on nous attend, c'est quelque chose qui te tient à coeur, pourtant, ce n'est pas le seul but ou le seul argument que nous ayons: nous cherchons aussi à inviter des étrangers visibles sur la scène internationale mais pas en France...  

IA : Il me semble que l'on peut d'ores et déjà isoler certains de nos intérêts communs. De là à ce que cela constitue une « ligne »... Je crois plutôt qu'on fait les choses dans un certain « esprit », et il me semble que c'est cela que nous définissons avec notre premier projet. L'esprit de la galerie. Essayer d'aller contre les réponses toutes faites... Il y a eu cette journaliste qui m'a demandé quel « genre d'art » nous allions montrer, en essayant de me faire rassembler nos idées et les artistes que nous soutenons sous un seul terme. C'est comme si elle m'obligeait à faire un travail de critique d'art, à essayer de nommer ce que nous faisons. Il me semble que tant que nous sommes dans le « faire » justement, c'est difficile de qualifier quoi que ce soit. Peut-être qu'a posteriori on y arrivera. Le travail de critique et de commissaire d'exposition est important pour nous deux, et pourtant nous ne pouvons agir comme critiques vis-à-vis de notre propre travail : nous agissons plutôt comme des créateurs. C'est cela qui m'excite dans ce projet et qui fait que j'ai pu prendre la décision de monter cette galerie: la possibilité de créer. Sans se prendre pour des artistes évidemment, mais cette possibilité de créer, c'est la vraie liberté et le seul plaisir illimité que je connaisse. Il me semble que partager ce plaisir avec les artistes que nous soutenons, c'est une très bonne base pour commencer une galerie. L'envie... La volonté de ne pas aller tout droit, de prendre de multiples détours pour nourrir cette envie, avancer dans un mouvement en spirale et non linéaire. Pour moi, cela rejoint des considérations qui englobent la question du féminisme. Questionner toujours l'endroit où « naturellement » on nous propose d'aller. Faire des allers-retours. Ne pas avoir réponse à tout.

CB : Prendre cette idée du fragment comme point d'entrée pour notre première exposition, c'est une manière de travailler la mise en place du projet: le modèle de la galerie devient un objet singulier, au fil d'un parcours en plusieurs étapes. La conférence performée de Louise Hervé et Chloé Maillet le 9 septembre dernier à Belleville a été un moment clé, parce qu'elle accompagnait d'une belle façon la création de la galerie. Elles ont été à la fois des complices, des guides, des conteuses qui ont proposé les premiers éléments d'une histoire, d'un contexte, jusqu'à très concrètement jouer à ouvrir les portes de la galerie pour les premiers visiteurs. Après cela, il nous faut encore construire toute une structure capable de fonctionner et d'exister.

Paris, novembre 2009

A warm thank you to those who accompanied, supported and encouraged us in these very beginnings, and very special regards to:
/ Tous nos remerciements à celles et ceux qui nous ont accompagnées, soutenues, encouragées en ce début d'aventure, et particulièrement à :

Mathieu K. Abonnenc, Ahmed Aguerd, Evelyne & Bernard Alfonsi, Jean-Marie Alfonsi, Colette Barbier / Fondation d'entreprise Ricard, Paris, Laura Bartlett / Laura Bartlett gallery, London, Eric Baudelaire, Susanna Beaumont / Doggerfisher, Edinburgh, Yael Bensoussan, Dominique Blais, Elodie Bouedec, Thomas Boutoux + François Piron + Benjamin Thorel / castillo/corrales, Paris, Kate Briggs, Loïc Chambon, Valérie Chartrain, Nicolas Couturier, Jochen Dehn, Laurence Deleersnyder, Bertrand Derel, Guillaume Désanges, Axel Dibie, Alexandre Dimos & Gaël Etienne / deValence, Jérôme Dreyfus / AV France, Philippe Falgon, Michèle Fayard, Laurent Guy / La Maison Rouge, Paris, Louise Hervé & Chloé Maillet, Patrice Joly / 02, Joseph Kouli, Petra Kuipers / Motive Gallery, Amsterdam, Ludmilla Lencsès, Laure Leprince, Laurent Limoni, Yvan Lyko, Aurélien Mole, Benoît Moreau / Curator Studio, Charlotte Moth, Sophie N'guyen Buu Cuong, Kieu An Nguyen Duong, Henrikke Nielsen / galerie Croy Nielsen, Berlin, Giti Nourbakhsch / galerie Giti Nourbakhsch, Berlin, Jean-Baptiste Perrot, Elisa Pône, Michel Rein, Hannah Robinson + Laura Edbrook / MaryMary, Glasgow, Clément Rodzielski, Marion & Stéphane Souveton, Mathilde Villeneuve, Mélanie Vincent, Frédéric Wecker / Art21, Michael Wiesehöfer, galerie Michael Wiesehöfer, Köln, Jocelyn Wolff, Virginie Yassef, Raphaël Zarka.